Quand l’enfant élevée sans droit devient une adulte qui se pense sans droit…

63-090906-GQuand j’ai découvert il y a un peu plus d’un an qu’il y avait des femmes et des hommes, des femmes et des hommes, les féministes qui luttaient pour les droits des femmes, je n’en croyais pas mes yeux. Quand j’ai découvert lors d’une manifestation Ni à vendre ni à prendre, le corps des femmes n’est pas une marchandise ! je n’en croyais pas mes oreilles. Je me suis dit comment c’est possible?

Je dois dire que je venais tout juste de découvrir, que ma psy venait de me dire que j’étais une personne, une personne qui avait des droits, et elle insistait. C’était la première fois qu’on me  disait ça et j’avais bien du mal à le croire, moi qui, jamais, ne me suis sentie concernée par des droits.
Je dois vous dire que je n’ai pas eu le droit de naître en être humain, je n’ai pas eu le droit à mon intégrité, ni bébé ni enfant, ni à la maison ni à l’école, ni adolescente ni jeune adulte, je n’ai pas eu le droit d’appartenance. Je ne suis pas un être humain et cela malgré les apparences, je n’ai pas eu le droit au sentiment.
Je dois dire aussi que je n’ai pas eu le droit de me plaindre et de parler, j’ai bien essayé, encore et encore, pendant des années, parfois j’avais l’espoir, encore, mais le peu vivant de moi dans ma carcasse j’avais dû l’abandonner, là, dans ce trou… torturée, chassée, enterrée, violée. J’ai dû me couper, me dissocier si fort…  si fort, et pour de longues années, comme si je ne l’étais pas déjà assez.
 Et puis je dois ajouter que je n’ai pas eu le droit à la liberté malgré que c’était noté sur le papier: libre enfermée… frappée, droguée, zombie bavait, aux murs se tenait, n’était plus qu’un objet.
Et je vous dirais encore que je n’ai pas eu, non plus, le droit à l’égalité à la santé, seule et sans dignité donnent juste droit à rien, et personne n’a été gêné quand de l’entorse à l’embolie je suis passée. Elle est folle et tout le monde s’en fout, pourquoi la soigner c’est un déchet. J’ai eu de la chance je n’ai pas trépassé.
Et puis 2012 est arrivé, j’ai pu enfin trouver à qui parler, à une qui n’a pas peur de toutes ces horreurs que j’ai à raconter, j’ai pu enfin sortir mon nez de mon terrier, de cette longue nuit noire, j’ai commencé à me déterrer… et je ne pouvais pas le croire, les féministes existaient et je ne le savais. Années 70 resurgissaient et l’espoir renaissait. Nous ne sommes pas des poupées !  Dans les 12-14 ans, j’avais, dans ces années, je croyais que le pire était déjà arrivé mais non, c’était avant… avant que le pire du pire ne se produise. Après j’ai sombré.
2013, lutte contre les violences faites aux femmes continuité des violences faites aux enfants… victimes victimes victimes… et je dois vous dire que je pense fort à toutes ces femmes, qui, comme moi, se pensent non concernées par tous ces droits annoncés, et n’iront pas les réclamer, leurs droits puisqu’elles n’en ont pas, et je pense aussi à toutes celles qui, comme moi, à tous ces numéros ne peuvent et ne pourront téléphoner… je pense à elles, à moi, à toutes ces oubliées.
Patricia Lacombe – 25/11/2013
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