La plus horrifiante des conséquences…

13-210405-GJe me souviens…  J’ai 4 ans, je suis seule dans l’appartement avec ma sœur, 5 ans, c’est la première fois, notre père est parti acheter des cigarettes, avec notre frère, 1 an. Nous ne savons que faire. C’est décidé, nous allons prendre un bonbon! J’ai choisi un berlingot vert, ma sœur un caramel, nous avons rangé la boîte à bonbons et dégustons. Tout à coup, un bruit de clés dans la serrure, vite, je me cache sous la table, ma sœur se place devant la fenêtre. Notre père dépose notre frère, sans un mot.
Soudain, je suis tirée par les pieds, ma tête cogne en arrière, qu’est-ce que tu as dans ta bouche?! pas répondu, secoué, tiré mes cheveux, tapé ma tête, écrasé mes joues, a mis gros doigts dans bouche, bonbon sorti, l’est en rage, j’suis une voleuse, l’est déchainé, il tape, il tape, je tombe, il tape, il tape, j’ai mal, il tape, je dois me relever, il tape, il tape, je ne peux pas, il tape, je me relève, il tape il tape, je tombe, il tape, je me relève, il tape, je tombe, je suffoque, il tape, il tape, je me relève, il tape, il tape, d’un grand coup de pied entre les jambes par derrière me soulève de terre, je suis au sol, il hurle, au lit et sans manger!, il s’en va, je me relève, je cherche mon lit, je tremble je tremble, où est mon pyjama?, je tremble, je me déshabille vite, je mets mon pyjama vite, j’ai peur qu’il revienne, je tremble, vite je grimpe sur mon lit, c’est haut, je m’allonge entre les draps, je prends ma tête entre mes mains, mes doigts sur mes oreilles, je ne peux pas fermer mes yeux, je ne vois rien, c’est tout noir… elle est morte… je flotte, il fait jour, les volets ne sont pas fermés, il y a des gens dans la rue, il fait froid.
J’ai 54 ans, je la vois encore, elle est là, sur son lit, les mains de chaque côté de sa tête, elle a ses yeux grands ouverts, elle est morte, je la regarde sur son lit, et en même temps je suis en elle, je ne peux pas fermer mes yeux, je suffoque, je ne peux pas pleurer, je suis terrorisée, horrifiée, terrifiée, choquée, je suis terriblement choquée, je ne peux plus penser, je ne vois plus rien, je ne peux plus bouger mon corps, je suis inerte, je suis morte et je la regarde, elle est morte, je ne ressens rien, tout est froid, je suis froide, elle est froide, nous flottons, c’est l’hiver le plus total.
Cela a duré si longtemps… mon p’tit corps propulsé à coup de pieds, à coups de poing jusque dans la chambre, je ne savais plus où étaient le sol, le plafond, la porte et les murs, j’étais perdue… après c’est black out.
En vérité ces violences ont duré tout au plus 1 minute ou deux, leurs conséquences psychotraumatiques ont duré 50 ans.
Alors quand je vois et j’entends la majorité des enfants-devenus-adultes lutter pour défendre leur droit de taper eux-aussi les enfants… je vois et j’entends la plus horrifiante des conséquences des violences subies dans l’enfance.
Patricia Lacombe
20/11/2014
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